Il pousse les murs, il ouvre les portes, il bouscule tout le monde. Bref, il a besoin d’air, de respirer à pleins poumons.
Pourtant le chorégraphe Hamid Benmahi n’a rien d’un énervé ; il est même plutôt calme. Mais ce qu’il veut, c’est tout faire exploser. Gentiment, en douceur, mais sûrement. Faire disparaître les cloisons, les frontières, faire taire les clichés, qui malgré les modes, les discours et les rencontres perdurent.
Même là où cela ne devrait pas être : le monde de l’art. Il a donc décidé de prendre les choses en main, et d’entamer une grande aventure. Partir à la rencontre de ses frères artistes, qu’ils jouent de l’accordéon, brûlent les planches, poussent la chansonnette ou la cantate, pratiquent la capoeira ou le violon. Qu’ils aient 20 ou 60 ans, il va les chercher, dans leur ville, dans
leurs salles ou leurs structures. Il les invite à s’exprimer, à s’engager, à partager voire à se confronter.
Concrètement, il va mener des laboratoires de travail dans quelques villes de France, de Belfort à Bordeaux en passant par Lyon ou Paris. Plus de soixante dix artistes en tout, invités d’abord, et dont une dizaine participera à la création d’un spectacle final. Et total.
“Je veux des gens prêts à engager leur corps, qui prennent plaisir à danser sans être dans la performance. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est le processus de création”, explique-t-il.
Tout est dit, tout est à faire. Avec ce projet, Hamid Benmahi leur donne la parole, la possibilité d’évoquer cette expérience partagée, mais surtout de participer activement à une proposition aussi rare qu’alléchante. Et militante.
Car depuis qu’il a mis le pied sur une scène, ou plutôt sur le bitume de sa cité, et découvert le hip hop, il court toujours après la même chose. Créer des passerelles, faire émerger derrière chaque projet une nouvelle aventure, une vraie réflexion.
Comprendre et aider à faire comprendre le monde dans lequel il vit, et participer à son bon fonctionnement, quitte à en questionner les règles, grâce à son art. Une vraie mise en abîme artistique où chaque chose en amène une autre, où chaque acteur dévoile un univers. Il ne se prend ni pour un chef de file, ni pour un leader, ni pour un grand ordonnateur. Pour un maître de cérémonie tout au plus. Et quelle cérémonie. De celles qui relèvent de l’aventure collective, qui révèlent l’identité, libèrent l’émotion et prônent l’engagement.
C’est bien ça un activiste ?





