Nouara est un combat.
Son humour éclate au milieu de son cri et la tendresse inonde ses souvenirs effrayés au travers de personnages qui tous dessinent notre société bigarrée, sa barbarie, sa richesse, son absurdité.
Zoubida fan de radio Nostalgie, Marguerite un tantinet raciste, Marie-France qui « adooore » les arabes, et quelques mâles qui en prennent pour leur grade…
Pure AA (Alsacienne Algérienne), habitante d’un quartier pauvre de la riche Colmar, soeur, épouse, Nouara parle au nom de ces quelques-unes humbles et
soumises à qui la vie n’a laissé que peu de place.
Terrible est sa colère contre la brutalité de certains, la lâcheté des autres, immense son amour pour les siens – les siennes - les déraciné(e)s du Maghreb.
Aux femmes résistantes, aux colères étouffées, aux existences martyres, Nouara offre Sacrifices.
Un cri du coeur.
Un cri de libération pour ne pas étouffer. Parce qu’il fallait parler aussi au nomdes autres, de celles et de ceux qui continuent de souffrir. Les mariages forcés, le machisme exacerbé, le racisme – Nouara Naghouche raconte la violence au quotidien avec les mots justes.
Sans concessions, elle gratte là où ça fait mal et n’épargne personne. Mais elle ne tombe jamais dans le pathos. Car toujours, il y a chez elle la touche d’humour indispensable qui soulage et allège. Sur scène, elle fait exister toute une galerie de personnages avec une verve et une énergie communicatives.
Actrice née, elle sait mêler astucieusement l’humour et la tendresse sans craindre pour autant d’attaquer de front les réalités les plus sordides.
"Après s’en être pris plein la tête, en avoir vu tellement souffrir et n’oser se plaindre, Nouara a envie de l’ouvrir. Le spectacle est politiquement sensible, risqué. Il ne conclue pas, ne réconcilie pas, il gueule.
La violence narrée est parfois à la limite du supportable, mais plus encore que le rire, c’est l’amour qui tient ce spectacle en vie. Nouara a un rapport complexe avec sa culture et sa communauté, mais on est loin de la rupture. Sa connaissance profonde et douloureuse de la souffrance humaine en fait une portraitiste cinglante, mais elle ne peut se résoudre à condamner ceux qui l’ont
blessée. Au contraire, elle les sauve, parce qu’elle les comprend et leur a déjà pardonné.
La tendresse submerge le spectacle ; l’amour nous prend à rebrousse-poil. Nous n’avons d’autres choix que d’accueillir la parole de Nouara dans tous ses paradoxes.
Nouara revient de loin et sa présence sur scène, la vitalité et l’humour dont elle fait preuve sont le symbole potentiel d’une résistance pour de nombreux abîmés de la vie, quelques soient leur sexe, leur couleur ou leur religion. Par Sacrifices, Nouara est de l’espoir en chair et en os."
Pierre Guillois Janvier 2009






