Lorsque l’on évoque Nino Ferrer, on se souvient immanquablement de la rime absurde mais tenace du téléfon de Gaston, et bien sûr de Mirza, qui n’en finit pas de disparaître ; ce fils prodigue de la chanson yéyé avait le sens de l’humour, c’est sûr. Trop peut-être : car Nino Ferrer n’a eu de cesse d’opposer le sérieux de son regard et de son travail artistique à l’étiquette d’éternel pitre qui lui colle à la peau.
Artiste en marge du showbiz, à la fois pitre et dandy empreint de spleen, Nino Ferrer s’est donné la mort un certain 13 août 1998. Dix ans après son décès, ses tubes lui survivent, et son étonnant répertoire recèle encore des surprises !
C’est avec Mirza que sa carrière décolle en 1965, puis Les cornichons et Oh ! Hé ! Hein ! Bon ! La France découvre un artiste drôle au répertoire décalé, très loin des chansons d’amour niaises du moment. Mais vite lassé par ce succès fondé sur un répertoire qui ne lui ressemble pas, Ferrer claque la porte du show-biz. Durant les 20 ans qui suivent, au gré de multiples retours sur scène et au disque, le malentendu persiste et c’est bel et bien la tragédie du parcours de Nino : une carrière en dents de scie où les quelques tubes masquent les trop nombreux opus passés inaperçus.
C’est donc bien à la redécouverte d’un grand monsieur de la chanson française que nous invitent les JMF avec ce spectacle.
Et c’est justement parce qu’ils sont fous de Nino Ferrer que Laurent Madiot, Benoît Simon et Tom Poisson ont décidé de le prendre à contre-pied. Exit les cuivres et l’artillerie rythm’n’blues, retour à l’essence même des chansons et à l’esprit volatile et fantasque du grand blond !
Ces trois jeunes artistes nous promettent de ne pas ôter cette « crasse », cette délicieuse rugosité inhérente à l’univers de Nino. Mais de leurs orchestrations organiques et dépouillées se dégage une profondeur inattendue, toujours portée par l’ironie, la joie et le pétillant des mots. « Micro musique » et poésie !
Crédit photo : Millerand






